À force d’entendre que « tout est plein en terrasse », on finit par croire qu’il n’y a plus un seul coin tranquille en ville pour boire un verre au soleil sans jouer des coudes. C’est faux. Il existe encore des terrasses discrètes, parfois cachées derrière une porte cochère, au fond d’une librairie ou sur un toit qu’on ne regarde jamais. Il faut juste savoir où frapper.
Ces dernières semaines, je suis parti en repérage, carnet en main, pour dénicher ces adresses plus intimistes où l’on peut profiter des beaux jours sans se retrouver collé à la table voisine. Voici une sélection de terrasses cachées de notre ville, testées sur place, avec des infos concrètes : accès, horaires, tarifs, ambiance et type de public.
Une cour pavée derrière une boulangerie de quartier
De la rue, on ne voit qu’une boulangerie tout ce qu’il y a de plus classique : vitrine remplie de baguettes, odeur de croissant chaud, file à 8 h du matin. Rien n’indique qu’en poussant une deuxième porte, au fond, on tombe sur une petite terrasse à l’abri du bruit des voitures.
Le lieu : la boulangerie-salon de thé « La Miche Secrète », au 27 rue des Tonneliers. La terrasse est en réalité une ancienne cour intérieure, pavée, entourée de murs en pierre et de quelques plantes en pot. Une dizaine de tables, pas plus. On entend surtout le cliquetis des cuillères et les discussions basses.
Accès : il faut traverser toute la boulangerie, dépasser le comptoir, puis suivre le petit panneau « salon de thé ». Beaucoup d’habitués du quartier ignorent même l’existence de la cour. À l’heure du déjeuner, on trouve encore des places, y compris en semaine.
Horaires et services :
- Ouvert du mardi au samedi, de 7 h 30 à 19 h.
- Terrasse accessible de 9 h à 18 h.
- Pas de réservation, premier arrivé, premier servi.
Budget :
- Café autour de 2,20 €.
- Formule petit déjeuner (boisson chaude + jus + viennoiserie) à 6,50 €.
- Tartines et salades le midi entre 9 et 13 €.
Ambiance et public : le matin, on croise surtout des travailleurs indépendants avec leurs ordinateurs (wifi correct, prises limitées). Vers 16 h, plus de familles et de groupes d’amis. Une serveuse me glisse : « On demande juste aux gens de ne pas transformer la cour en bureau toute la journée, sinon les autres ne trouvent plus de place. » Message compris.
Pour qui ? Pour ceux qui veulent un café au calme, un brunch sans file interminable, ou un rendez-vous tranquille en plein centre sans tumulte de terrasse de boulevard.
Un rooftop discret au-dessus d’un hôtel trois étoiles
Les toits de la ville sont souvent réservés aux clients des hôtels. Ici, bonne surprise : la terrasse est ouverte à tout le monde, à condition de savoir qu’elle existe et d’oser entrer dans le hall comme si on avait réservé une chambre.
Le lieu : le bar rooftop de l’« Hôtel des Carmes », au 5 place du Vieux-Clocher. L’entrée se fait par le hall, plutôt sobre. On prend l’ascenseur jusqu’au 5e étage, puis un escalier mène à une terrasse en bois avec vue sur les toits et le clocher voisin. Une vingtaine de places assises, pas plus.
Accès : pas de portier, pas de formalité. Au bar, le barman précise : « On accueille aussi les gens du quartier, c’est même ce qu’on cherche. Tant qu’il y a de la place, c’est ouvert. » À partir de 19 h, la terrasse se remplit mais reste loin des grandes usines à cocktails.
Horaires :
- Ouvert tous les jours de 17 h à 23 h (minuit le vendredi et samedi).
- Fermeture en cas de gros mauvais temps (pluie soutenue, vent fort).
Budget :
- Verres de vin entre 5,50 et 8,50 €.
- Cocktails autour de 11-13 €.
- Planche mixte (fromage/charcuterie) à 16 € pour deux personnes.
Ambiance et public : musique en fond mais pas assourdissante, plutôt du jazz ou de la pop douce. Groupes de collègues après le travail, quelques couples, quelques touristes perdus. À 19 h 15, un mercredi, une table se penche sur la carte et lâche : « C’est quand même plus agréable que coincés en bas, là. » Difficile de contredire.
Le plus : la lumière en fin de journée, quand le soleil tape sur les toits en tuiles. Pour ceux qui aiment les photos, c’est un bon spot. On évite simplement de pointer l’objectif sur les autres clients, pour préserver la discrétion des lieux.
Une terrasse derrière une librairie indépendante
Si vous aimez les endroits un peu hors du temps, cette adresse coche toutes les cases. On y rentre pour feuilleter un livre, on ressort deux heures plus tard après un café allongé sur une chaise en métal, entouré d’étagères et de plantes grimpantes.
Le lieu : la librairie-café « Les Pages Retrouvées », au 3 impasse des Artisans. La librairie donne sur une petite ruelle piétonne. Au fond, une porte vitrée ouvre sur une cour intérieure aménagée. Une dizaine de chaises, quelques bancs, et une grande table partagée.
Accès : on passe forcément par les livres. Au comptoir, on commande boissons chaudes, jus, gâteaux maison. On peut emporter un livre sur la terrasse tant qu’on le repose ensuite. La gérante précise : « On ne fait pas de bruit, on lit, on discute doucement. On n’est pas un bar de nuit. » Le ton est donné.
Horaires :
- Du mardi au samedi, de 10 h à 19 h.
- Fermé le dimanche et le lundi.
- Terrasse ouverte dès 10 h 30, selon la météo.
Budget :
- Café à 2 €.
- Thé ou infusion à 3 €.
- Part de gâteau maison (souvent un moelleux ou une tarte de saison) à 4,20 €.
Ambiance et public : beaucoup d’étudiants, de profs, de parents avec enfants en fin de journée. À 15 h un jeudi, j’entends : « Tu peux me garder la table, j’ai repéré trois bouquins à feuilleter. » Personne ne semble pressé. On sent que l’endroit encourage le temps long.
Pour qui ? Pour lire tranquille, travailler une heure ou deux, ou faire une pause au calme entre deux courses en ville. Et pour ceux qui aiment repartir avec un livre qu’ils n’avaient pas prévu d’acheter.
Une guinguette cachée le long du canal
En bord de canal, beaucoup vont aux terrasses les plus visibles, collées à la promenade principale. En s’éloignant de quelques centaines de mètres, on tombe pourtant sur une guinguette discrète, à moitié cachée derrière un ancien hangar réhabilité.
Le lieu : « La Péniche à Terre », guinguette installée sur un terrain en légère contrebas du chemin de halage, accessible par un escalier métallique, au niveau du 112 quai du Canal. Tables en bois, guirlandes lumineuses, bar sous un auvent, quelques transats côté eau.
Accès : depuis le quai, on voit seulement un panneau discret et un bout de garde-corps. En descendant l’escalier, on découvre toute la terrasse. Le gérant résume : « Les gens qui viennent ici, c’est qu’ils nous ont vraiment cherchés. » Du coup, moins de passage, plus d’habitués.
Horaires (en saison, d’avril à fin septembre) :
- Du mercredi au vendredi : 17 h – 23 h.
- Samedi : 15 h – minuit.
- Dimanche : 15 h – 22 h.
Budget :
- Bières pression autour de 5 € la pinte pendant l’happy hour (17 h – 19 h 30), 6,50 € ensuite.
- Softs et limonades artisanales à 3,50 – 4 €.
- Petite restauration : frites maison, hot-dogs, tartines, 6 à 10 €.
Ambiance et public : très familial le dimanche après-midi, plus festif le samedi soir, mais sans gros son ni foule compacte. Pas de musique après 22 h en semaine : la guinguette a passé un accord avec les riverains pour limiter les nuisances sonores. Résultat : on peut discuter sans crier.
Le plus : au coucher du soleil, la lumière sur le canal et le clapotis de l’eau donnent une impression de vacances à 15 minutes de marche du centre-ville. Un habitué rencontré sur place résume bien : « On vient pour se sentir un peu ailleurs, mais sans prendre la voiture. »
Un jardin caché au fond d’un musée
Les musées ont parfois des trésors que même leurs visiteurs réguliers ignorent. C’est le cas ici, avec un jardin intérieur accessible depuis la cafétéria, transformé en terrasse dès que le temps le permet.
Le lieu : le café du musée municipal, au 8 rue des Archives. Une grande salle vitrée donne sur un jardin clos, avec quelques arbres, des chaises en métal coloré et des tables espacées. Le nombre de places est limité, ce qui garde l’endroit étonnamment calme.
Accès : on peut entrer par le musée, mais aussi par une porte latérale qui mène directement à la cafétéria, sans payer l’entrée de l’expo. Au comptoir, on commande et on va s’installer dans le jardin. Les employés du musée y déjeunent parfois, en vitesse, entre midi et deux.
Horaires :
- Du mercredi au lundi, de 11 h 30 à 18 h 30.
- Fermé le mardi comme le musée.
Budget :
- Plats du jour simples (quiches, salades, plats chauds) entre 10 et 13 €.
- Desserts à 4 – 5 €.
- Formule déjeuner (plat + dessert + boisson) autour de 16 €.
Ambiance et public : très varié. Des touristes, des retraités, des étudiants qui révisent, des salariés des bureaux voisins. La directrice du musée explique : « On veut que ce soit un vrai lieu de vie du quartier, pas juste un passage obligé pour les visiteurs. » Mission réussie : plusieurs clients interrogés ne savaient même pas quel était le thème de l’expo en cours.
Pour qui ? Pour un déjeuner au calme, ou un café entre deux rendez-vous. Et pour ceux qui aiment l’idée d’être dans un jardin sans quitter le centre historique.
Une petite cour intime derrière un restaurant de poche
Certains restaurants n’ont pas besoin d’afficher « terrasse » en grand sur leur devanture pour proposer un coin à ciel ouvert. Celui-ci fait partie de ces adresses qu’on se refile entre collègues ou voisins, avec un air de ne rien dire.
Le lieu : le bistrot « À l’Abri du Passage », au 14 passage des Tisserands. De la rue, on voit une salle minuscule, une douzaine de couverts. En réalité, au fond, une porte vitrée donne sur une cour triangulaire, entourée de murs en pierre, avec quelques tables et des guirlandes lumineuses.
Accès : la terrasse n’est pas annoncée : elle se remplit surtout grâce au bouche-à-oreille. Le patron m’explique : « On n’a pas cherché à en faire un argument commercial, on voulait juste un coin dehors pour nos clients habituels. » En réservant, il suffit de demander une table « côté cour ».
Horaires :
- Ouvert du lundi au vendredi, midi et soir.
- Service du midi : 12 h – 14 h.
- Service du soir : 19 h 30 – 22 h.
Budget :
- Formule midi (plat du jour + café) à 14,50 €.
- Entrée + plat ou plat + dessert à 18 €.
- Menu complet le soir à 28 – 32 €, selon les produits du moment.
Ambiance et public : couples, collègues, amis en petit comité. Pas de grande tablée ni de groupes d’enterrement de vie de jeune fille. Le soir, les murs coupent bien les bruits de la rue ; on entend surtout le cliquetis des couverts, quelques rires, et parfois le patron qui vient discuter de ses plats : « Ce soir, on a un poisson qui vient directement de… » – la phrase se termine toujours par un nom de port.
Pour qui ? Pour un dîner à deux ou un repas de travail dans une ambiance détendue, sans être collé à la table voisine. Une adresse à réserver à l’avance : la cour se remplit vite dès les premiers beaux jours.
Comment repérer d’autres terrasses cachées par vous-même
Cette sélection n’épuise évidemment pas le sujet. Dans une ville, les lieux discrets bougent, ouvrent, ferment, se transforment. Pour en trouver d’autres, quelques réflexes simples peuvent aider.
Observer les signes discrets depuis la rue :
- Une porte cochère entrouverte avec un petit panneau « café » ou « salon de thé ».
- Des bruits de verres et de conversations alors qu’on ne voit aucune terrasse depuis le trottoir.
- Une enseigne d’hôtel ou de galerie qui mentionne « bar » ou « café » sur une plaque discrète.
Poser la question directement :
- Dans les cafés et restaurants : « Vous avez un coin en terrasse un peu au calme ? »
- Dans les hôtels : « Votre bar est-il accessible aux personnes qui ne dorment pas ici ? »
- Dans les lieux culturels (musées, médiathèques, centres culturels) : « Vous avez un jardin ou une cour ouverte au public ? »
Jeter un œil aux arrières-cours :
- Dans les quartiers anciens, beaucoup de bâtiments possèdent des cours intérieures inutilisées ou transformées en terrasses.
- Les passages et impasses piétonnes sont de bons indices : on y trouve souvent de petites adresses peu visibles depuis les grands axes.
Parler avec les habitants du quartier :
- Les commerçants voisins connaissent souvent ces lieux avant tout le monde.
- Les employés de bureau du coin ont leurs habitudes à midi.
- Les habitants des immeubles ont généralement repéré les terrasses calmes (ou bruyantes) autour de chez eux.
Dernier point important : si l’on tient à ce que ces terrasses restent agréables, mieux vaut jouer le jeu. Respecter les horaires, ne pas pousser le volume sonore, éviter de transformer chaque table en annexe de bureau pendant des heures, consommer un minimum. C’est aussi comme ça qu’on aide ces adresses intimistes à perdurer, loin des terrasses surpeuplées où l’on ne voit plus la différence entre les villes.